| Un récital pour voyager ensemble |
| Sol Gabetta parcourt le monde avec les plus grands orchestres. Samedi, la Société de musique accueille la violoncelliste pour un récital à La Chaux-de-Fonds. |
| L’EXPRESS - L’IMPARTIAL / DOMINIQUE BOSSHARD |
| JEUDI 7 JANVIER 2010 |
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Sol Gabetta, vous avez débuté par le violon, alors que vous étiez toute petite...
J’ai commencé le violon à 2 ans et demi. Je me suis interrompue à trois ans parce que je ne voulais plus travailler, et j’ai repris à trois ans et demi. La moitié de ma famille est musicienne; ma mère était prof de piano au Conservatoire et mon frère aîné est violoniste. Ma mère ne nous a pas poussés à jouer du violon, mais c’est grâce à elle que j’ai été en contact avec la musique, et avec d’autres enfants qui la pratiquaient. Mais pour faire ce métier, le talent, le travail et l’amour de la musique ne suffisent pas. Il faut aussi avoir une situation économique qui le permette. A l’époque, en Argentine, il était impossible d’acheter un instrument si l’on n’était pas issu de la classe moyenne; il n’y avait pas la possibilité non plus de s’en faire prêter.
Vous avez étudié à Bâle avec Ivan Monighetti et à Berlin avec David Geringas. Quel fut leur apport respectif?
Travailler avec ces deux profs, c’est la meilleure école que je pouvais avoir. J’ai eu beaucoup de chance de rester dans la même ligne, car tous deux étaient des élèves de Rostropovitch. Mais leurs personnalités étaient très différentes. Monighetti, avec qui j’ai travaillé de dix à vingt ans, est un pédagogue exceptionnel. Mais après dix ans, nous nous connaissions par coeur et j’ai senti qu’il me fallait un avis différent, tout en gardant ma façon de jouer. Je suis arrivée chez Geringas avec une formation très solide, comme la plupart de ses élèves. Sa force, c’est de sentir tout de suite quelle personnalité il y a derrière chacun d’eux. Il nous a appris à lutter contre nous-même, à ne pas se contenter d’un certain niveau. Il m’a poussée à exprimer la musique telle que moi je la ressentais, non telle que lui la voyait. C’est à chaque musicien d’apporter sa signature, c’est aussi ce que j’essaie d’enseigner à mes élèves.
Dans votre répertoire, y a-t-il un compositeur, ou une oeuvre, qui vous soit plus proche?
Les musiciens sont un peu comme les médecins; on est d’abord un généraliste, et on se spécialise ensuite. Je pense qu’il est encore trop tôt pour une spécialisation! J’ai des préférences bien sûr, mais elles changent en fonction de mes états émotionnels, de mon évolution en tant que personne. Par nature, j’aime bien essayer de nouvelles choses, car chacune d’entre elles enrichit mon jeu. Il y a quelques années, je voulais absolument faire du violoncelle baroque; jouer Vivaldi m’a, par exemple, amenée vers d’autres compositeurs moins connus. Le ehru, un instrument chinois, m’intéresse aussi.
Des sonates de Beethoven, Chostakovitch et Franck composent votre récital. Un commentaire?
Depuis le deuxième semestre 2009, la plupart de mes récitals sont basés sur ce programme. Il s’agit vraiment d’un concert de musique de chambre, donc je voulais la présenter telle qu’elle est, avec ses qualités et ses finesses. J’essaie, aussi, d’inclure de nouvelles pièces à mon répertoire, ce qui était le cas avec la sonate de Franck. Ensuite, je cherche à créer un contraste, car il faut retenir l’attention du public durant deux heures; un récital, c’est un voyage que l’on fait ensemble. Il arrive que des fans viennent écouter dix fois le même récital, et quand je m’en étonne ils me disent qu’il est extrêmement varié.
Samedi, vous partagez l’affiche avec Mihaela Ursuleasa. Quelle est la «tonalité» spécifique de votre duo?
En tant que cordiste, on est toujours dépendant d’un pianiste. On a besoin de trouver une âme soeur (rire). En ce moment, j’ai la chance d’avoir quatre ou cinq pianistes avec lesquels je joue ce répertoire. Chacun apporte une perception différente, et je dois à chaque fois montrer un autre profil de moi-même. Mihaela a comme moi une forte personnalité. C’est une véritable partenaire, elle ne fait pas que m’accompagner; elle peut me laisser emmener la phrase quelque part, puis la reprendre et m’inviter à la suivre. Entre nous, l’énergie est partagée. Elle n’est pas seulement une excellente soliste, elle joue aussi beaucoup de musique de chambre, et ça se sent.
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